Il pleure sur la ville, comme il pleut sur mon coeur

En ce moment, le ciel est gris, hargneux, déverse des trombes d'eau, tonne avec éclats et fracas.

Une tempête peut être belle. Elle nettoie, remet les compteurs à zéro et fait place à un ciel parfait, sans nuage ni aucune anicroche, le soleil rayonnant avec une rage lumineuse.

J'aime sauter dans les flaques d'eau, sentir la pluie me déposer chacune de ses gouttes, comme une caresse dont l'Immensité a le secret, moins lorsque mes ossatures tremblent sous l'humidité acquise à mes revêtements lourdement détrempés.

J'aime le soleil, mais il me fait faux bond en ce moment.

On se toise en biais.

Pourtant mes toits et mes rues sont rutilants, lustrés par ce jeu de cache-cache entre les nuages et le soleil.

Je ne suis qu'une ville.

Je parfais mon éclat d'une brume matinale déposée sur quelques cils, brouillant les cheveux longuement lissés de mes passantes pressées par une vie trépidante.

J'exhale le parfum de mes fleurs âprement entretenues, en dépit des aléas climatiques.

Je cours après le temps comme une feuille essayant en vain de rester bien accrochée sur sa branche.

Je ne suis qu'une ville, qui pierre après pierre, jour après nuit, s'aménage et partage pour la communauté qui fait battre mon cœur, me donne le tempo.

Parfois l'on me construit des extensions, parfois l'on tend à me détruire.

Je ne suis qu'une ville, après tout.

Il est normal que je m'active à briller pour mes habitants, pour leur bien-être, souvent sans qu'ils ne perçoivent les efforts fournis.

Car la nuit ne m'apporte qu'un maigre réconfort, mes lumières veillent longtemps, et déjà le jour commence à poindre; je m'active à assurer la netteté de l'environnement de mes citoyens, ramasse leurs détritus, colmate les failles quand cela est encore possible.

Droite, debout au milieu des tempêtes, je tends ma main -parfois- pour un peu d'aide.

Une main souvent mordue par ses habitants qui ne réalisent pas que de légères contributions allègeraient mon quotidien.

Alors, comme un Poète, je suis le spleen et le fuis.

Le ciel peut être bleu, ce matin. La pluie n'a cessé de noyer mes fondations, fébriles.

Je me réveille telle une jeune mariée échevelée qui réalise que ses rêves sont parfois des pieux.

Une ville ne dort jamais.

Noyée sous le soleil, il rayonne des pluies intemporelles sur mes rues et mes contre-allées ce matin.

Pourvu que les temps s'apaisent, que mon rythme cardiaque adopte le tempo d'un matin d'été, qu'une alizée m'enveloppe de douceur et caresse ma main blessée.

Une Ville comme tant de Filles... finalement.

Il pleure sur la ville, comme il pleut sur mon coeur
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M
Très joli texte j'adore!! <3
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W
Merci MAUD :)
L
Waouh c pas donné tous les jours de lire de beaux articles comme celui là. ..
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W
Oh Lucile, ton message me touche énormément !!! Bisouss xoxo
K
<3
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W
merci <3
O
<3 c'est beau, c'est triste, mélancolique

je te souhaite 1000 soleils en dedans
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W
Merci mon OBP <3