Laisser s'envoler nos Anges et retenir le souvenir d'amour repris...

Publié le par Wow Mum

Laisser s'envoler nos Anges et retenir le souvenir d'amour repris...

Olà, mes jolis fauves,

Avant de devenir la maman des Lucioles, j'ai vécu beaucoup d'épreuves et plusieurs fausses couches précoces, sans en être consciente. Mais çà, c'était avant d'avoir perdu mon bébé à 3 mois de grossesse révolus.

Voici le récit de ma reconstruction où j'ai appris à laisser s'envoler mon Ange, en espérant que le secret que je partage pourra aider celles qui traverseront les mêmes tourments...

Avant une opération qui devait être simple et sans complication, j'étais "entière"...comprendre, avec mes 2 trompes. Et puis, la Vie m'a faite trébucher et à mon réveil, je n'en avais plus qu'une. Un deuil physique inattendu, pour lequel je n'étais pas préparée. J'ai vécu la douleur d'un "membre fantôme".

Et j'ai sombré. J'ai pleuré durant un mois entier : déjà qu'il nous était difficile de devenir parent, il fallait encore m'arracher 50% de chance... Je ne voyais que grandir l'impossibilité de devenir mère. Mais avant la colère, ce fut le tsunami de la douleur et le deuil étrange d'une partie de ma féminité.

Durant ce mois, j'ai préparé mon mariage pour m'évader de l'horreur et, c'est ainsi que j'ai découvert le monde de la blogosphère...

Et mes vilaines ne sont pas revenues, en dépit du Clomid qui devait me remettre en selle.

Le jour de l'anniversaire de Wow Dad, tremblante, j'ai fait une prise de sang. A 17h, j'apprenais que l'incroyable s'était produit !!! J'étais enceinte 6 mois avant mon mariage et comble de la nouvelle: la grossesse était spontanée et NATURELLE !!!!

A l'échographie auprès de la spécialiste PMA qui ne s'en remettait pas, elle m'apprit que l'ovule venait de l'ovaire privé de trompe...Autant vous dire que j'ai ouvert des yeux ronds et que ma mâchoire s'est décrochée... Ce miracle était du à la chose suivante : mon ovule a été aspiré par la trompe encore présente... Je n'arrive d'ailleurs toujours pas à comprendre le mécanisme de la chose, mais peu importe : l'essentiel était que j'étais enceinte !  Quelle merveilleuse nouvelle pour célébrer l'anniversaire de Wow Dad qui ne s'y attendait pas le moindre du monde !!

Nous avons donc vécu ces semaines de début de grossesse dans la Joie, le Bonheur Inespéré, conscients du Miracle, changeant robe de mariée, restreignant ma témoin et mes amies pour les activités de mon evjf (ie. enterrement de vie de jeune fille) sans mot dire, voulant protéger notre Bourgeon de vie.

Deux semaines avant l'échéance fatale, nous ronronnions de Bonheur, le coeur de notre Miracle battant la chamade comme des milliers de chevaux galopant dans les vagues : tout allait merveilleusement bien.

Et deux jours avant l'échographie, les 1ers symptômes anormaux se manifestèrent. J'en tremblais. Vraiment. Mon corps entier était pris de spasmes. Une vibration m'innondait. La spécialiste de la PMA se voulait rassurante et me disant que cela arrive sans qu'il s'agisse d'une fausse couche : notre situation était un petit miracle et il était peu probable que cela soit un signe alarmant.

L'échographie arriva et là, silence radio. Plus de chevaux. Plus de vagues. On pensa d'abord à un problème de branchement de l'appareil.

Je suis dans l'hébètement le plus complet. Mon cerveau s'est débranché. Je n'entends plus les sons, plus rien, juste le silence assourdissant de l'appareil.

Je ne comprends pas. Mon cerveau ne parvient pas à me traduire les informations et les regards gênés que s'échangent la gynécologue et Wow Dad. 

Je suis le Déni.

Je suis maman et mon bébé ne peut pas être parti. Il s'agit d'une erreur, son coeur palpitait et pétillait à vive allure deux semaines auparavant... C'est un bug de la machine.

Mon déni est tel que le médecin est obligé d'être direct avec moi. Je ne serai pas Maman.

La gynécologue rationalise la situation, me parle de statistiques: 1 femme sur 4 vit une fausse couche. Et encore, il s'agit des fausses couches "connues", leur nombre serait en réalité bien supérieur.

Sauf que je n'étais pas en capacité de rationaliser, pas en capacité d'entendre des données mathématiques froides et abstraites. Je caressais la peau de mon ventre déjà rebondi, comme toutes les mamans qui ont longtemps attendu car nos ventres "sortent très vite".

On m'annonce la nécessité de "retirer" mon bébé, sous deux options:

  1. on me donne un médicament provoquant des contractions pour "expulser" le petit être envolé, chez moi, aux toilettes....Imaginez ma tête encore abasourdie de la nouvelle, mon corps tremblant comme une feuille en pleine tempête... Je suis en pleine tétanie... Je sens ces anciennes sensations monter en moi. Je suis secouée. Il est inenvisageable que "j'expulse mon bébé comme un déchet", voilà. C'est dit.
  2. on m'opère sous anesthésie générale à la fin de la semaine, pour laisser la chance à mon corps de faire le travail tout seul... Je préfère cette option.

Mon corps a refusé de se séparer de notre Miracle, qui était bien cramponé sous ma peau. J'ai vécu une semaine avec une tempête intérieure, me maltraitant moi-même, me disant que je n'étais pas capable de porter la Vie mais uniquement la Mort... J'avais envie d'avoir mal, mais j'étais incapable de ressentir quoi que ce soit. Ce jour là et durant cette semaine là, une part de moi s'est éteinte. Une touffe de cheveux blancs est sortie de nulle part. Comme une cicatrice, une balafre capillaire me renvoyant chaque matin aux yeux, ma perte.

Obligée d'annoncer la nouvelle. Je n'ai pas eu la force de le faire. Encore ai-je réussi à envoyer un sms à ma témoin. Impossible de le dire à mes parents.

J'étais COLÈRE...

J'étais RAGE...

J'étais SOUFFRANCE...

J'étais SOLITUDE...

JE ME SUIS SENTIE ABANDONNÉE !!!

Je me suis murée dans le silence. "The Show must go on", dit-on. Mais comment faire quand on a perdu le goût à tout ? Tout m'apparaissait futile, inutile.

On a traversé des moments durs, pour le couple, car la douleur de perdre son possible miracle ne se partage pas - même entre parents. La vérité est que l'on est absolument et résolument SEULE, même perdue au milieu d'une foule d'amis, de famille ou d'inconnus.

On vit seule notre douleur de "presque maman qui ne l'est plus".

Notre conjoint est déconnecté, maladroit dans tout ce qu'il peut dire ou faire. Il a sa propre douleur, ni plus ni moins grande que la nôtre. Nous sommes différents et la différence est alors compliquée à comprendre et appréhender. On traduit cette différence par l'indifférence, à tort bien souvent. En réalité, la pudeur est omniprésente. La madresse en est le porte-parole. Avec le recul, aujourd'hui, je le comprend.

Cette douleur est personnelle. Certains osent vouloir nous secouer et dire que notre réaction est alors "disproportionnée"...La SEULE disproportion est de vouloir discourir sur une douleur qui se vit SEULE.

AUCUNE MESURE. Notre douleur est subjective et nous renvoit à beaucoup de choses, de projections, à une Vie Volée, à un Bonheur Envolé...

ON NE PEUT PAS MINIMISER NOTRE DOULEUR... Quelque soit le terme de l'envol de notre Ange... Cette douleur est personnelle et unique: on ne peut pas également nous la voler, elle aussi.

On traverse l'épreuve comme un automate. Il faut avancer, aller travailler, sourire...Dans mon cas, donner le change car comment pouvoir comprendre qu'une future jeune mariée a le coeur à l'envers et amputé.

L'amour d'une maman nait avec la nouvelle de la grossesse. L'amour d'une Maman se construit chaque jour de la grossesse et se poursuit chaque jour après la naissance. Il est Un et Unique. Il ne se divise pas, non. Il se multiplit pour chaque bébé attendu.

Je n'arrivais pas à en parler. Sauf ce jour si étrange, avec cette ostéopathe bienveillante. Secret pour secret, de femme à femme. Dans la nudité de mon corps douloureux. Je m'abandonne aux manipulations. Et alors, les mots sortent: je me livre à mon étrangère pourtant connue de longue date.

Elle se livre aussi : contrainte de choisir un IVG pour une grossesse trop jeune, son incapacité à se projeter mère... Le silence lourd, ici encore, pour un parcours bien différent pourtant mais qui confirme que ces douleurs prennent leur place sans jugement possible.

Jusqu'au jour où un confrère lui dit qu'elle ne peut pas tomber enceinte tant qu'elle retiendra son ange. Comment l'a-t-il deviné ? Elle ne l'a pas su. Mais elle est tombée des nues.

Alors, mes jolis fauves, elle a partagé avec moi cette tranche de Vie (ou pas, serai-je tentée d'écrire).

À mon tour, j'ai écouté et suivi ses recommandations non pas pour me libérer Moi, mais pour le libérer Lui, mon ange... Et fort malheureusement, j'ai livré ce secret un peu marabout, un peu occulte, anx antipodes du rationnel, à une Amie, il y a 10 jours...

Car les Anges pleuvent sur nos Coeurs, Comme s'envolent leur Vie...

Miroir de mon ancienne Douleur, souvenir d'un Amour repris. Pourquoi ai-je mis des majuscules ? Parce que cette douleur est différente et unique pour chacune. Voir notre corps changer pour accueillir la Vie et le voir à nouveau faire l'effort inversé et négatif.

Et ce secret partagé de femme à femme perdues dans l'oeil du cyclone, quel est-il ?

En ce qui me concerne, je l'ai réalisé ainsi : j'ai attendu un moment de totale solitude, en ayant la parfaite certitude que je ne serai pas interrompue.

J'ai réuni toutes les photographies des échographies de notre Bébé envolé, sur papier, sur mon mobile.

J'ai pris une assiette creuse, une bougie et des allumettes.

J'ai allumé la bougie et alors, j'ai commencé à faire mon Adieu. Sans retenue.

J'ai prononcé à voix haute tous les mots d'amour que je souhaitais dire à mon Ange. Les rêves que j'avais fait pour Lui, ce que j'avais imaginé vivre avec Lui, tout ce que je ne pourrai jamais lui dire... en vrai.

Lui dire que je l'ai aimé dès l'annonce de son arrivée sous ma peau.

Que je l'aime tellement que je ne peux pas le retenir contre moi, qu'il lui appartient de repartir dans l'Univers Infini et qu'un jour, il redescendra pour rejoindre une autre famille, se nicher sous une autre peau qu'il rendra fou d'Amour et de Bonheur.

Et qui sait, je lui ai avoué avoir envie de rêver qu'il pourrait peut-être revenir sous la mienne si les étoiles sont clémentes.

Qui sait, après tout.

Je lui ai dit tellement de chose qui n'appartiennent qu'à Nous, de Presque Maman à Presque Bébé, tout cela en contemplant en photographie son petit bout d'existence, déjà ôté de ma chair meurtrie.

Je l'ai embrassé. Je l'ai autorisé à prendre son Envol. A me laisser sans qu'il s'agisse d'un abandon mais d'un acte d'amour. Je savais que son Grand-Père L'avait accueilli là-haut, avec d'autres membres envolés à tire d'ailes il y a des années et des siècles. Je savais qu'Il n'était pas seul mais entouré.

Et j'ai alors compris qu'aucun de Nous n'était seul.

J'ai accepté son Envol, pleuré son Dernier Vol avec Moi, sa Presque Maman.

Pour la première fois depuis très longtemps, j'ai prié l'Infini, en présentant mes excuses car je me sentais penaude de demander la Bienveillance sur Mon Ange, alors que je ne prie pas d'ordinaire.

J'ai effacé son image sur mon téléphone portable.

J'ai pleuré, je L'ai embrassé pour la dernière fois sur le papier légèrement glacé, avant de l'embraser.

J'ai pris l'allumette et j'ai brûlé les photos, l'une après l'autre dans l'assiette creuse comme mon ventre, après avoir effacé son image de mon téléphone portable.

Lorsque les dernières petites flammes ont cessé leur labeur, ne laissant que cendres derrière elles, alors seulement j'ai prononcé mes derniers mots. Et puis j'ai soufflé la flamme de la bougie.

Voilà le secret...

Voilà comment je Nous ai autorisé à être libres. Subsiste le Souvenir d'un Possible qui est devenu réalité bien après, avec un joyeux retour de flammes.

Deux flammes, à dire vrai.

Deux Lucioles.

Et un Ange qui a, à son tour, accueilli un autre Ange, avec Bienveillance et Amour.

Cet article est une dédicace à une de mes meilleures Amies, et à Nous Toutes.

Je vous embrasse très fort et vous serre sur mon coeur, avant de reposer la plume.

Une plume tombée du ciel et qui, sans nul doute, appartient à l'un de nos Anges.

Merci de votre visite ! À très vite pour de nouvelles jolies choses à partager ensemble !

*Source photo: http://www.pexels.com/photo/570/

Laisser s'envoler nos Anges et retenir le souvenir d'amour repris...

Publié dans Maternité, PMA, Fausse Couche

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lili90 16/02/2015 00:01

Comme tes mots sont vrais. C'est exactement ce que j'ai ressenti, au plus profond de moi. J'ai eu une IMG a 3 mois de grossesse, comme toi. Mais j'ai arrêté le coeur de mon bébé car il était mal formé. En plus de tout ses sentiments, je me sent si coupable. Je n'arrive pas a bruler toutes les photo car j'ai écrit un cahier sur mon combat, mais j'ai arrêté de les regarder et jessai d'avancer, tant bien que mal. Je lui ai dit tout ce que j'avais à dire et je l'ai confié à ses grand parents, partis rejoindre les anges. Une amie m'a envoyé ce lien et jene peux que la remercier car tes mots me touchent. Encore merci.

Wow Mum 16/02/2015 15:22

Je te souhaite beaucoup de courage ! Ne culpabilise pas car tes mots montrent tout l'amour que tu as eu pour lui et combien ce fut dur de subir l'IMG... Je te souhaite beaucoup de bonheur! ❤️

nekazy 12/02/2015 13:20

Très émouvant cet article, je n'ose imaginer ton ressenti :/

Wow Mum 12/02/2015 21:12

<3

Nathalie 12/02/2015 09:04

Je n'ai pas de mots... très bel article, très émouvant <3

Wow Mum 12/02/2015 21:11

Merci beaucoup <3

Bernieshoot 12/02/2015 08:47

un article vrai et émouvant

Wow Mum 12/02/2015 20:47

Merci Bernie !!

Happycountdown 12/02/2015 08:43

Comme tes mots sont vrais. J'ai ressenti beaucoup de cela quand on cru perdre Dali. J'étais un automate, c'est le mot juste. Et j'ai beaucoup souffert que l'Homme réagisse différemment.

Wow Mum 12/02/2015 20:47

On survit mais on ne vit pas...d'où cette sensation d'avancer comme un automate... mais heureusement Dali est avec Vous et sa jolie bouille pétille d'amour !!!!